
SRI
LANKA : RETOUR AUX SOURCES
Au cœur de l’île,
les citadins fuyant le stress peuvent se ressourcer dans un village
traditionnel. Au programme : huttes en boue séchée
grand luxe, bien que sans eau ni électricité, douches
en plein air, cuisine végétarienne et cours de yoga.
Reportage : Isabelle Spaak (texte), Johann Rousselot/L’œil
Public pour VSD (photos) – VSD 24 Décembre 2003.
La quarantaine épanouie, Ruth et Rob parcourent le monde
entre la Nouvelle-Zélande et la France à la recherche
des plus beaux lieux de villégiature. Rentiers et heureux
de l’être, ils traquent les bonnes adresses, bien
décidés à faire de leur vie une fête.
Il y a quelques mois, ils ont entendu des amis parler d’Ulpotha.
Et les voilà, pieds dans la boue, sarong autour des hanches,
les doigts plongés avec gourmandise dans une assiette de
curry.
Au cœur du Sri Lanka, installé au pied d’une
chaîne montagneuse, Ulpotha, centre de vacances vaguement
new age et très tendance, bénéficie d’un
paysage somptueux. Salima et Simon sont ici depuis trois semaines,
avec le projet d’écrire un livre « pour montrer
aux enfants des villes où l’on peut vivre sans murs
». L’idée leur est venu après avoir
séjourné à plusieurs reprises dans ce village
où l’on dort dans des huttes en terre, où
l’électricité n’existe pas et où,
en guise de piscine, on se baigne dans une réserve d’eau
qui inonde les champs lors de la mousson. Cindy, elle, vient de
démissionner et de liquider son appartement londonien pour
s’installer ici. En dix-huit mois, c’est sa quatrième
visite à Ulpotha. Et cette fois, elle a décidé
de rester cinq mois pour faire la saison et aider Viren et Giles,
eux amis – un Sri Lankais et un Anglais – concepteurs
de ce lieu hors du temps, mais pas hors des modes.
Dans cette déclinaison du jardin d’éden, sans
adresse connue, loin du téléphone ou du stress de
la vie urbaine, ce sont majoritairement des citadins débordés
qui viennent se refaire une santé au contact de la nature.
Pendant quinze jours, durée moyenne recommandée,
les « hôtes » - le mot « client »
n’existe pas – profitent d’une vie saine et
sont chouchoutés par les villageois qui s’occupent
de la cuisine, des huttes et des soins. Ils suivent un régime
strictement végétarien, cuisiné au feu de
bois, uniquement avec des légumes et des fruits du jardin.
Ils se délassent lors des soins ayurvédiques, médecine
indienne du corps et de l’âme. Ils suivent –
s’ils le veulent – des stages de yoga et discutent
sans fin autour du principe d’une fraternité universelle
prônée par un doux excentrique dénommé
Tynacoon. Vaguement gourou, sans aucun dogme, cet hurluberlu aux
allures de dandy des tropiques n’est pourtant pas si décalé
qu’il en a l’air.Car, au milieu de ses incantations
personnelles et quotidiennes, qui marient avec allégresse
Jésus Christ, Bouddha ou Allah, c’est lui qui a eu
cette bonne idée de remettre au goût du jour l’habitat
et le mode de vie traditionnels sri lankais. Ainsi, dans cette
sorte de grand terrain de jeux pour adultes avec des cabanes dans
les arbres, des petites huttes au milieu du lac, des douches en
plein air, les pieds nus sont de rigueur.
Les maisons en boue séchée, aux formes organiques
tout en rondeurs et en circonvolutions, sont, quant à elles,
un modèle de réussite dans le style brut chic. D’un
confort absolu, même sans eau ni électricité,
elles feraient pâlir d’envie les designers contemporains.
Au milieu de cette nature exubérante, les journées
à Ulpotha se déroulent dans une étonnante
harmonie. Sur les petits chemins de sable qui serpentent entre
les cases, on croise ici un artiste qui enregistre les chants
d’oiseau le jour et le bruit des insectes la nuit ; là
un jeune homme solitaire à la recherche du plus beau rocher
pour s’allonger au soleil ; quelques courageux sur le départ
pour une expédition dans la jungle ; d’autres encore
qui révisent leurs postures de yoga face au soleil levant
ou qui méditent à l’ombre d’un gigantesque
banyan. Le concept prône la liberté absolue. Pris
en commun et sans couverts sous une véranda en tek agrémentée
de coussins de toutes les couleurs, les repas restent un grand
moment de convivialité et assurent en partie le succès
du lieu. Tout comme le centre de soins dans lequel, sourire en
coin, on se retrouve simplement vêtu d’un pagne. Une
noix de coco à la main, je me laisse enduire le visage
avec une décoction de bois de santal directement prélevé
dans la jungle alentour, aux traînées rouges du plus
bel effet. Ensuite, il faut s’allonger sur une table sous
une pleine bonbonne d’huile de sésame qui dégoulinera
goutte à goutte sur le haut du crâne, avant de se
laisser enfermer dans une sorte de sarcophage en osier, baignant
dans une vapeur à base d’herbes aux vertus bienfaisantes.
La dernière étape de ce parcours consiste à
se faire asperger d’une eau chaude et parfumée par
des plantes censées procurer une jeunesse éternelle.
Détendue, revigorée par le diagnostique de Senanayake,
l’homme-médecine qui déclare, en pressant
fermement ses doigts sur mon avant-bras, « vous avez l’esprit
sain mais vous pensez trop », je commence à comprendre
pourquoi les invités repartent d’Ulpotha réconciliés
avec eux-mêmes.