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Ulpotha - L'Eden a L'est

À quoi tient la magie d’Ulpotha ? Au site, bien sur, d’une beauté spectaculaire. Situé au pied de la chaîne de montagnes Galgiriwiya, niché dans les collines verdoyantes et surplombant un splendide lac d’eau pure où flottent des feuilles de lotus, il était considéré comme sacré par les moines bouddhistes qui s’y rendaient en pèlerinage depuis les contreforts de l’Himalaya il y a déjà deux mille cinq cents ans.

Ça ressemble à un rêve de paradis perdu. On y marche pieds nus, on grimpe dans les arbres, on s’enduit de boue, on mange avec ses doigts, on s’éclaire aux bougies, on se baigne au milieu des fleurs de lotus. Au cœur du Sri Lanka, le village indigène d’Ulpotha accueille les occidentaux dans une nature splendide et les invite à un voyage hors du temps. Au programme et sans suppléments  traitements ayurvédiques, massages, yoga, méditation. Pour une cure de remise en forme du cops et de l’âme d’une efficacité magistrale.
Par Annouchka Walter, photos Johann Rousselot/L’œil Public – Votre Beauté 2004
L’adresse ne figure pas au programme des tours opérateurs. Seuls quelques initiés, anglo-saxons pour la plupart, savent qu’il existe au cœur du Sri Lanka un éden où l’on peut retrouver son âme, renouer avec son corps et goûter à un bien-être version retour aux sources. Ici, ni petits plats dans les grands, ni cabines de soins aseptisées, ni air climatisé, mais un paradis écologique aux allures néo-baba new age où l’on troque pseudo-confort moderne contre authentique art de vivre.
Que ceux qui craignent l’attrape-gogos pour Occidentaux dégénérés – style on paie des fortunes pour dormir sur un grabat sans draps, dévoré par les moustiques – se rassurent : Ulpotha est né d’un projet à but non-lucratif tout ce qu’il y a de politiquement correct. Il y a dix ans, deux amis – un Anglais et un Sri Lankais – découvrent ce sanctuaire au cœur de la jungle et s’emballent. Laissé à l’abandon depuis les années soixante, quand le système d’alimentation d’eau a commencé à se délabrer, le village est menacé de disparition. Ils font alors le pari risqué de relancer l’activité d’Ulpotha en remettant au goût du jour les méthodes d’agriculture traditionnelles et écologiques, et créent la East Pole Foundation.
Mais, ils le savent, le soutien des ONG et la vente du riz, aussi bio soit-il, ne peuvent suffire à garantir la pérennité financière du projet. L’accueil d’hôtes occidentaux va permettre de trouver l’équilibre Eco-tourisme donc, mais pas question de risquer l’âme au lieu. Les « curistes » sont reçus au compte-gouttes – pas plus de vingt à la fois – et seulement quelques mois par an.
À quoi tient la magie d’Ulpotha ? Au site, bien sur, d’une beauté spectaculaire. Situé au pied de la chaîne de montagnes Galgiriwiya, niché dans les collines verdoyantes et surplombant un splendide lac d’eau pure où flottent des feuilles de lotus, il était considéré comme sacré par les moines bouddhistes qui s’y rendaient en pèlerinage depuis les contreforts de l’Himalaya il y a déjà deux mille cinq cents ans.
Afin de ne rien gâcher de cette puissance brute, toutes les infrastructures d’accueil des touristes, construites par les villageois, ont été réalisées dans des matériaux naturels : huttes en boue séchée, toits de palmes, murs abricot colorés par des décoctions de fleurs. Un style rustique chic, particulièrement apaisant. L’absence de confort prend vite une valeur relative car, en vérité, les villageois rivalisent d’attentions délicates pour rendre la vie agréable.
À Ulpotha, on déambule au gré des ses envies : pas d’activités imposées ni d’emploi du temps à gérer. Néanmoins, la méditation, le yoga et les soins rythment allègrement les journées. Ainsi, si on se lève suffisamment tôt, pourquoi ne pas expérimenter la méditation sous le gigantesque banyan tree ? Tennecoon, gourou farfelu plutôt rigolo et nullement dogmatique, préside aux séances.
De l’ashtanga au hatha en passant par le iyengar, on peut goûter ici à toutes les formes du yoga.Dispensés par des profs renommés invités à résidence, les cours sont de très grande qualité et se déroulent dans un cadre particulièrement inspirant : une plate-forme ombragée entourée d’arbres fruitiers. Tenir un poirier pendant que, non loin, passe un troupeau de buffles d’Asie est une expérience plutôt unique.
Également invités, des masseurs très doués qui, toute la journée, sont à disposition ; Thaï, shiatsu, balinais ou californien, c’est selon. Ici, pas de programme de soins ni de rendez-vous : il suffit de si rendre à l’ambalama, un divin pavillon plein de coussins surplombant le lac ; si le masseur est disponible, il s’exécute aussitôt, sinon, on peut en profiter pour faire un petit plongeon dans l’eau limpide en attendant.
Quel que soit l’état de stress dans lequel on est arrivé, on succombe très vite à l’harmonie régnante. Bientôt, on oublie ses chaussures – c’est si bon de déambuler pieds nus. On grimpe dans les cabanes perchées dans les arbres pour relire Baudelaire. On se surprend à sourire béatement en entendant le chant des oiseaux. On se réjouit d’un rien, on s’amuse de tout. Un élan vital oublié parcourt à nouveau nos veines.
Les repas ont des allures de fête. Pris en commun dans l’ambalama, servis dans de grandes feuilles de bananier et sans couverts, ils constituent une véritable cure de santé. La nourriture, végétarienne, 100% bio et entièrement produite sur place, est franchement délicieuse. Au début, manger avec ses doigts semble saugrenu, comme une minauderie d’Occidental voulant faire « local ». Puis, alors qu’on s’affranchit peu à peu de la manière indienne, qu’on devient plus adroit, on comprend qu’il y a dans ce geste quelque chose d’essentiel, voire de sensuel. Les mets prennent un autre goût, l’acte redevient nourricier. À vrai dire, c’est au retour, quand on devra réapprendre la fourchette et le couteau, que l’on se sentira barbare.
À Ulpotha, on choisit souvent de venir seul, comme pour mieux se retrouver mais aussi s’ouvrir aux autres, selon des affinités électives qui naissent immanquablement au fil des jours. La plupart des hôtes sont anglo-saxons. Mieux vaut donc, avant de partir, réviser la langue de Shakespeare. Ainsi, on jouira mieux des soirées animées pimentées par les tirades de l’ineffable Tennecoon, où chacun réinvente un monde meilleur, rêve d’autrement, à la lumière des lampes d’huile.
Artistes en mal d’inspiration, aventuriers de tout poil venus faire une pause, managers d’entreprise, originaux parcourant le monde…. Il n’y a pas de profile type ou d’âge moyen, mais un vivier de gens en quête d’ »autre chose ». Alors, au gré des jours, on formera des bandes pour partir crapahuter dans les environs, riches en sites anciens et en paysages sublimes. Ou on préférera enfourcher seule une vieille bicyclette pour faire le tour du lac.
Nul doute en tout cas qu’au bout de quinze jours de ce traitement, on se sent dans un forme éblouissante. C’est l’occasion de prolonger le séjour par une semaine de bord de mer sur les magnifiques plages du sud du Sri Lanka, dans des conditions « garanties » par les organisateurs. Tortues géantes, sports d’eau et même dance party au programme.

ULPOTHA L’EDEN A L’EST

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